
Les escroqueries au placement en ligne représentent, depuis une dizaine d'années, l'une des premières sources de préjudice financier pour les particuliers en France. Le démarchage se fait par téléphone ou par annonce en ligne, avec des plateformes installées hors de l'Union européenne.
Les options binaires et les contrats sur devises à fort effet de levier, dont la commercialisation aux particuliers est interdite ou strictement encadrée dans l'Union européenne.
Les cryptoactifs, présentés comme des placements à rendement rapide.
Les faux livrets d'épargne et faux placements verts, imitant des produits bancaires connus.
Les diamants, vins, cheptels, containers, panneaux solaires et autres biens divers présentés comme des placements atypiques.
Le point commun n'est pas le produit : c'est le mode opératoire.
Elle est remarquablement constante.
Le premier contact vient d'une publicité en ligne, d'un article publirédactionnel imitant un média, d'un message sur un réseau social, ou d'une relation nouée sur un site de rencontre.
Un premier versement modeste est demandé, souvent quelques centaines d'euros.
Une plateforme affiche alors des gains rapides et spectaculaires. Ces chiffres sont fictifs : l'interface est un décor, et aucune opération de marché n'a lieu.
Un conseiller personnel prend contact, met en confiance, félicite, et encourage des versements croissants. Il connaît la situation personnelle de sa cible, qu'il a patiemment recueillie.
Lorsque la victime demande un retrait, les obstacles apparaissent : frais fiscaux à régler d'avance, commission de déblocage, vérification d'identité payante. Chaque paiement en appelle un autre.
Vient enfin l'escroquerie de second rang : des mois plus tard, un prétendu avocat, une prétendue autorité ou une société de recouvrement propose de récupérer les fonds perdus, contre paiement. Les listes de victimes circulent entre réseaux criminels.
Une promesse de rendement élevé sans risque : cette combinaison n'existe pas. Le rendement rémunère le risque, toujours.
L'urgence : une offre valable quelques heures, une place limitée, un cours qui va monter demain.
Le démarchage non sollicité, interdit en matière financière pour la plupart des produits.
L'insistance à installer un logiciel de prise en main à distance de l'ordinateur : c'est un signal caractéristique et un franchissement de seuil.
Le paiement par virement vers un compte à l'étranger, par carte prépayée ou en cryptoactifs.
Et l'absence du prestataire dans le registre officiel des acteurs autorisés.
Le registre officiel des agents financiers permet de vérifier qu'un prestataire est autorisé à exercer en France : c'est la seule vérification qui compte réellement.
La liste noire de l'Autorité des marchés financiers recense les sites signalés comme non autorisés. Elle est longue, et elle ne peut pas être exhaustive : l'absence d'un nom n'est pas un gage.
Le prestataire de services sur actifs numériques doit, pour les cryptoactifs, être enregistré ou agréé.
Ces vérifications prennent quelques minutes et évitent l'essentiel des sinistres.
Cesser immédiatement tout versement, sans chercher à récupérer les sommes déjà versées par un nouveau paiement.
Prévenir sa banque sans délai : un virement récent peut parfois être bloqué, et l'établissement doit être informé en cas d'accès frauduleux au compte.
Conserver l'intégralité des preuves : échanges, captures d'écran, relevés, coordonnées bancaires utilisées.
Déposer plainte. Le dépôt ne peut être refusé, et il peut se faire en commissariat, en gendarmerie ou par courrier au procureur de la République.
Signaler le site sur la plateforme dédiée de l'Autorité des marchés financiers et sur le portail de signalement des contenus illicites.
Et se faire accompagner : les associations d'aide aux victimes offrent un soutien juridique et psychologique gratuit.
Un mot enfin sur la honte, qui empêche beaucoup de victimes de porter plainte : ces réseaux emploient des méthodes professionnelles, éprouvées sur des milliers de personnes. En être la cible ne dit rien du jugement de celui qui la subit.